Comprendre la résignation chez le cheval : Fuite mentale et stress chronique
- Valéry Gagné
- il y a 12 heures
- 3 min de lecture
La résignation chez le cheval est un phénomène souvent méconnu, mais crucial pour quiconque travaille avec ces animaux sensibles. Lorsqu’un cheval adopte une posture dite de « shut down », il ne s’agit pas simplement d’un comportement passif, mais d’un état profond de fuite mentale lié à un stress chronique. Ce mécanisme, appelé résignation acquise ou apprise, affecte non seulement le bien-être du cheval, mais aussi sa capacité à interagir avec son environnement et son cavalier.

Qu’est-ce que la résignation chez le cheval ?
La résignation chez le cheval se manifeste lorsque l’animal cesse de réagir activement à son environnement, souvent après une exposition prolongée à des situations stressantes ou douloureuses. Ce n’est pas une simple fatigue ou un moment de calme, mais un état où le cheval semble « déconnecté » mentalement. Ce phénomène est comparable à ce que l’on appelle en psychologie humaine la « résignation apprise », où un individu cesse d’agir face à des stimuli négatifs perçus comme inévitables.
Dans le cas du cheval, cette résignation peut être provoquée par :
Des conditions de vie stressantes (manque d’espace, isolement, environnement bruyant)
Des méthodes d’entraînement trop rigides ou violentes
Des douleurs chroniques non traitées
Une absence de stimulation mentale ou physique adaptée
Le cheval entre alors dans une forme de fuite mentale, un mécanisme de défense où il se retire psychologiquement pour supporter un stress qu’il ne peut contrôler.
Le système nerveux en état de stress chronique
Le stress chronique modifie profondément le fonctionnement du système nerveux du cheval. Au lieu de réagir ponctuellement à un danger, le cheval vit dans un état d’alerte permanent. Ce stress prolongé entraîne :
Une production excessive de cortisol, hormone du stress, qui affaiblit le système immunitaire
Une hyperactivité ou au contraire un effondrement du système nerveux autonome
Une altération des comportements naturels, comme la recherche de contact social ou l’exploration
Ce déséquilibre peut provoquer des comportements dits « robotisés », où le cheval semble fonctionner mécaniquement, sans spontanéité ni émotion visible. Cette posture est souvent appelée « shut down » car le cheval semble s’éteindre mentalement.
Identifier un cheval en état de résignation
Reconnaître un cheval en état de résignation est essentiel pour intervenir rapidement et améliorer son bien-être. Voici quelques signes fréquents :
Posture figée, tête basse, regard vide ou absent
Absence de réaction aux stimuli habituels (bruits, mouvements, présence humaine)
Comportements stéréotypés ou apathiques
Difficulté à se concentrer ou à apprendre de nouvelles tâches
Réduction des interactions sociales avec d’autres chevaux
Ces signes doivent alerter le propriétaire ou le professionnel, car ils indiquent un mal-être profond.
Conséquences de la résignation sur la santé et le comportement
La résignation ne se limite pas à un état mental. Elle impacte aussi la santé physique et la relation entre le cheval et son entourage. Parmi les conséquences possibles :
Détérioration de la condition physique due à un manque d’activité
Troubles digestifs liés au stress chronique
Difficultés à se remettre d’une blessure ou d’une maladie
Perte de confiance envers le cavalier ou l’environnement
Risque accru de comportements agressifs ou de fuite brutale si le cheval est brusquement stimulé
Ces effets montrent que la résignation est un cercle vicieux qu’il faut briser pour restaurer un équilibre sain.
Comment aider un cheval en état de résignation ?
Pour sortir un cheval de cet état, il faut adopter une approche douce, patiente et respectueuse de ses besoins. Voici quelques pistes efficaces :
Réduire les sources de stress : améliorer l’environnement, offrir un espace suffisant, limiter les bruits forts
Adapter l’entraînement : privilégier des exercices ludiques, progressifs, basés sur la confiance plutôt que la contrainte
Stimuler mentalement : proposer des jeux, des parcours variés, des interactions avec d’autres chevaux
Soigner la santé physique : consulter un vétérinaire pour traiter les douleurs ou troubles éventuels
Observer et écouter : chaque cheval est unique, il faut ajuster les méthodes en fonction de ses réactions
L’objectif est de redonner au cheval le contrôle sur son environnement et ses émotions, pour qu’il retrouve une posture active et engagée.
Témoignage d’un professionnel
Un entraîneur expérimenté raconte :
« J’ai rencontré un cheval qui refusait tout contact, figé dans une sorte de silence intérieur. En changeant son cadre de vie, en lui proposant des exercices simples et en respectant son rythme, il a progressivement retrouvé de la curiosité et de la joie. Ce n’est pas un processus rapide, mais c’est possible. »
Ce témoignage illustre bien que la résignation n’est pas une fatalité, mais un signal d’alerte à prendre au sérieux.



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